Être un multipotentiel dans le monde du travail

Être un multipotentiel dans le monde du travail

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une motivation et une excitation hors norme dès que j’abordais quelque chose de nouveau, que j’avais personnellement choisi, et inversement, un sentiment d’ennui allant même à la dépression quand il s’agissait de tâches répétitives sur des sujets non stimulants.

Je fais partie de ceux qui, une fois les grandes lignes saisies, ainsi que le but profond, aiment passer à un autre sujet, plutôt que de s’essouffler sur les détails.

Le truc avec les multipotentiels, c’est la soif de savoirs, et par conséquent la transdisciplinarité. J’aime apprendre de sujets totalement différents, et cette soif me permet d’innover plus facilement en connectant des choses qui, pour la plus part des gens n’ont pas de lien. C’est là que s’exerce notre réel talent créatif.

Devoir rester sur un projet, sur un produit, ou sur une prestation qui ne m’intéresse pas, est une réelle torture. Le temps se fige, et les sentiments d’ennui et de perte de temps me submergent. Tout ce temps perdu que je pourrais utiliser pour grandir, apprendre, fabriquer, expérimenter, et qui me serait utile, mais aussi aux autres.

Et au contraire, lorsque le sujet du boulot m’intéresse, je m’investis à un point que j’atteins souvent mes limites, autant physiques que mentales.

Aujourd’hui on pourrait espérer que la plupart des employeurs recherchent des potentiels plutôt que des acquis, car dans la société en perpétuel changement qui nous entoure, il va falloir connecter entre elles des choses qui ne le sont pas encore, et il va falloir être capable d’apprendre vite afin de s’adapter.

Mais la France fonctionne encore de manière assez rigide sur le plan de l’emploi. Du coup gagner sa vie en étant multipotentiel est un vrai problème. D’autant plus que la plupart des multipotentiels, mais aussi des hauts potentiels adultes (souvent les mêmes) s’ignorent. Ils et elles naviguent donc à l’aveugle, poussés par la pression sociale et matérielle à devoir gagner de l’argent, se conformer, sans outil ni arme pour se construire une vie « normale » tout en respectant leur personnalité profonde.

Il faut aussi savoir que nous, les multipotentiels, doutons par nature. Nous somme aussi des introvertis, qui sont plus enclin à collaborer, harmoniser et à travailler soit totalement seul, soit au contraire en intelligence collective. Nous nous plaçons en explorateur des savoirs, et nous ne pouvons donc jamais être surs de rien tant que nous ne nous sommes pas aventurés sur toutes les voies. Nous sommes souvent dépeints comme hésitants, des personnes auxquelles on ne peux pas confier trop de responsabilité, et qui sont de mauvais leaders. C’est à cause de la norme « extravertie », qui joue en notre défaveur. On a toujours cru qu’il fallait être une grande gueule pour être un bon leader. Mais aujourd’hui on commence à se rendre compte que le monde aurait beaucoup à gagner si les introvertis prenaient les commandes. On se rend aussi compte que les métiers de demain sont beaucoup plus complexes et transdisciplinaires qu’aujourd’hui.

Un grand terrain devrait donc enfin s’ouvrir pour permettre aux multipotentiels, aux hauts potentiels et aux intravertis d’enfin prendre la place qu’ils méritent.